Cette voisine du quartier
Toi, dame de grand âge, toi qui vis à côté de moi, toi qu’un mur nous sépare. Je ne sais depuis quand tu résides dans cet immeuble, je sais seulement que tu y es depuis au moins autant de temps que moi.
Combien de fois, avec ma sœur, ma mère, ou ma tante t’avons-nous croisé dans les parties communes ! Des instants qui étaient propices à de courtes discussions, mais toujours pleines d’actualités. Ils étaient d’ailleurs, accompagnés de grands et honnêtes sourires.
Je me souviens d’une de ces journées incongrues, où mon four me lâcha. C’est avec peu de pudeur que je vous ai demandé de me prêter le vôtre. Vous me l’avez accordé à deux reprises.
J’ai eu quelques fois l’occasion de vous rendre la pareille. Comme par exemple lors de cette canicule qui arrivait, en vous installant vos rideaux, ou bien en montant vos courses à l’occasion.
Je me souviens aussi de toutes ces fois où nous avions l’occasion de discuter des articles sur l’architecture que vous me déposiez au bas de ma porte. Des échanges par petit bout de papier laisser sur nos paliers respectifs.
Aujourd’hui, nous sommes toujours confinés, et ce virus ne vous a pas atteint. Je vous entends chaque 20h frapper plus fort que possible dans vos mains, et lancer des “bonsoir” à tous les voisins d’en face. Quelle bonté. Vous n’avez rien de la ville snobe, mais vous savez rester élégante. Vous représentez à vous seul ce que doit être la ville, une multitude de personnes qui prennent soin les uns des autres.
Quelle voisine. Vous accordez de l’importance à créer des liens avec les gens qui vous entourent, alors que nous, nous ne voulons que nous envoler à l’autre bout du monde. Vous êtes le vecteur d’un lien de quartier qui s’efface peu à peu avec l’agrandissement des distances entre nos différentes activités quotidiennes. Nous partons arpenter la ville a coup de transport et désertons nos quartier, à en oublier qu’à la base : c’est notre lieu de vie.
À quitter les campagnes pour nous rassembler dans les villes, nous oublions de nous retrouver. Nous désertons des lieux de vies pour la ville. Et cherchons tous l’idéal de la ville, vous oublions de participer à notre propre ville. Car oui, la ville est faite d’expressions, mais surtout d’interactions.
Cette crise du corona virus nous apprend à revivre dans nos quartiers, dans notre environnement proche. Cette situation nous invite à réinvestir nos quartiers, afin de leur donner la vie nécessaire à leur existence, et ne plus courir par le premier moyen de transport pour aller chercher l’illusion de quelque chose de mieux ailleurs.
Après tout, nous sommes les bâtisseurs de notre idéal.
Et vous, Chère voisine, en êtes la démonstration.